Symbiose #24 - Copilot ou l'inverse de l'IA intentionnelle
Un usage forcé et subi
(Il est possible que ce mail soit arrivé dans ta boîte la semaine dernière. Il s’agissait d’une erreur involontaire).
Bonjour !
Je vais être franc dès la première ligne : je n’aime pas Copilot. Ça fait des années que je me bats contre les monopoles que Microsoft impose à coups de licences forcées et cette édition est à charge. Je l’assume complètement.
Mais à charge ne signifie pas malhonnête. Chaque reproche que je vais te faire s’appuie sur des faits vérifiés, des chiffres d’instituts indépendants et des procédures judiciaires réelles. Jamais sur mon seul ressenti. J’ai d’ailleurs vérifié chaque donnée de cette édition avant de l’écrire et tu trouveras les sources en fin d’édition.
Pourquoi consacrer une édition entière à un outil que je n’aime pas ? Parce que Copilot est le cas d’école le plus net de tout ce que je combats depuis le début de Symbiose : l’IA subie. L’IA qu’on t’impose, qui débarque dans ton quotidien sans que tu aies posé la moindre intention. C’est l’exact opposé de l’IA intentionnelle dont je te parle.
Microsoft n’est que l’illustration. Le vrai sujet, c’est toi, ton usage et la question que presque personne ne se pose : qui a décidé que tu utiliserais cet outil ?
#1 L’IA qu’on t’impose, l’exact contraire de l’IA intentionnelle
Reprenons la base de tout ce que je raconte ici. Un usage intentionnel de l’IA, c’est un usage choisi. Tu décides pourquoi tu utilises l’outil, pour quoi tu l’utilises et lequel tu prends. L’intention est présente à chaque étape et elle transforme un outil quelconque en véritable partenaire de travail.
Copilot, c’est l’inverse parfait, du début à la fin.
Regarde comment il arrive dans ta vie. Il est imposé par ton employeur, qui a signé un contrat global sans te demander ton avis. Il est épinglé par défaut dans Windows, que tu le veuilles ou non. Il s’installe via les mises à jour de sécurité, sans que tu aies coché quoi que ce soit.
Microsoft est même allé jusqu’à mettre une touche Copilot dédiée sur les claviers, à la place de la touche Windows qui existait depuis près de 30 ans ! À aucun moment, tu n’as posé une intention. L’outil est arrivé, point.
Le problème, à ce stade, n’est pas la qualité technique de Copilot. On en reparlera, mais ce n’est pas le cœur du sujet. Le problème, c’est l’absence totale d’intention, des deux côtés à la fois.
D’un côté, l’entreprise qui déploie l’outil sans réfléchir, parce que c’est dans le pack Microsoft 365, parce que tout le monde le fait, parce que ça coche une case « on fait de l’IA ». De l’autre, le salarié qui le subit sans l’avoir choisi, à qui on a collé un assistant dans ses applications sans jamais lui demander à quoi il allait lui servir.
Si tu me lis depuis un certain temps, ty te souviens des 4 questions sur l’IA intentionnelle. Pourquoi, pour quoi, comment, comment je travaille avec. Avec Copilot imposé, aucune de ces questions n’a été posée. Ni par l’entreprise, ni par l’utilisateur. On a juste branché une IA sur tout le monde en espérant que ça produise de la magie.
Spoiler : ça n’en produit pas. Les chiffres le prouvent de façon assez cruelle.
#2 Pourquoi l’IA imposée échoue, même quand elle est bonne
Voici ce que je martèle depuis le début de Symbiose : ce sont les usages qui déterminent les outils, jamais l’inverse. Copilot en fait la démonstration grandeur nature, et c’est presque une étude de cas parfaite.
Qui a la distribution la plus puissante du monde ? Microsoft, sans débat possible. Plus de 450 millions d’utilisateurs commerciaux de Microsoft 365 (le chiffre m’a surpris, je pensais largement plus), des claviers, des systèmes d’exploitation, une présence dans quasiment toutes les entreprises de la planète. Si la distribution suffisait à imposer un usage, Copilot aurait déjà gagné. Or, il perd.
Les chiffres viennent de Recon Analytics, qui a interrogé plus de 150 000 personnes aux États-Unis entre juillet 2025 et janvier 2026. Ils parlent tout seuls.
Quand un salarié a accès à la fois à Copilot et à ChatGPT, 76 % choisissent ChatGPT et seulement 18 % Copilot. Quand 3 grands outils sont disponibles en même temps (Copilot, ChatGPT, Gemini), Copilot tombe à 8 %. Le plus parlant reste ceci : quand Copilot est le seul outil disponible, son adoption monte à 68 %. Autrement dit, les seuls moments où les gens utilisent Copilot, c’est quand on ne leur laisse pas le choix. Dès qu’une alternative apparaît, ils filent ailleurs.
Le taux de conversion enfonce le clou. Sur les licences disponibles, seulement 35,8 % des utilisateurs de Copilot s’en servent réellement, contre 83,1 % pour ChatGPT. Près de deux tiers des licences Copilot payées dorment. La part de marché de Copilot chez les abonnés payants a reculé de 18,8 % en juillet 2025 à 11,5 % en janvier 2026, une contraction de 39 % en six mois, pendant la période exacte où Microsoft investissait à fond dans sa distribution.
Maintenant, le plus intéressant pour notre sujet. Les analystes, y compris des cabinets plutôt favorables à Microsoft, sont d’accord sur le diagnostic. L’écart ne vient pas de la technologie. Copilot tourne sur les mêmes modèles d’OpenAI que ChatGPT, la capacité brute est comparable. Ce qui manque, c’est la formation, les cas d’usage définis, le contexte. Exactement les piliers de l’usage intentionnel.
La distribution forcée fabrique des licences, pas des usages. Tu peux mettre un outil entre les mains de 450 millions de personnes, si personne n’a réfléchi à pourquoi et pour quoi s’en servir, tu obtiens des sièges vides. L’intention ne se décrète pas d’en haut, par un contrat signé en haut lieu. Elle se construit, en bas, par chaque personne qui décide de son propre usage.
#3 Mensonge et danger, les faits
Premier bloc, le commercial. En Australie, le régulateur de la concurrence (l’ACCC) poursuit Microsoft devant la justice fédérale. Microsoft aurait, selon le régulateur, dissimulé l’existence d’un plan « Classic » moins cher et sans Copilot. Environ 2,7 millions de clients australiens se seraient retrouvés devant un faux choix binaire, accepter Copilot avec la hausse de prix, ou résilier purement et simplement.
Les hausses constatées : +45 % sur le plan Personal (de 109 à 159 dollars australiens), +29 % sur le plan Family. Le plan Classic, lui, n’apparaissait qu’une fois la procédure d’annulation déjà lancée. Je cite la présidente de l’ACCC, qui parle d’une omission « délibérée » dans les communications de Microsoft.
Microsoft a depuis présenté des excuses et proposé des remboursements (avec des liens cassés au passage, détail qui se passe de commentaire). À ce stade, ce sont des allégations que la justice tranchera, mais elles sont précises et documentées.
Deuxième bloc, la sécurité. La faille s’appelle EchoLeak (référence officielle CVE-2025-32711), avec une criticité de 9,3 sur 10. Elle permettait un vol de données silencieux par simple email, sans le moindre clic de l’utilisateur. Tout ce que Copilot pouvait lire (tes emails, tes fichiers, tes conversations Teams) devenait potentiellement exfiltrable.
La faille a été corrigée, et aucune exploitation réelle n’a été constatée avant le correctif. Mais retiens ceci : ce n’est pas Microsoft qui a vu le danger arriver. C’est une société de sécurité externe, Aim Labs, qui l’a découverte et signalée. Que l’histoire se termine bien ne doit rien à l’entreprise qui t’a imposé l’outil.
Quand tu n’as pas choisi un outil, tu ne mesures pas non plus ce à quoi tu l’exposes. Une IA branchée par défaut sur l’ensemble de tes données crée une surface de risque que tu subis sans même le savoir. L’usage subi devient un risque subi. Tu n’as jamais décidé que cet assistant lirait tes emails et tes fichiers, et pourtant il les lit.
Pris isolément, chacun de ces faits pourrait passer pour un accident. Mis bout à bout (l’imposition forcée, la facturation contestée, l’option moins chère planquée dans le tunnel d’annulation, la faille critique repérée par un tiers), ils dessinent une logique plutôt qu’une série de maladresses.
#4 La leçon pour ton propre usage
Est-ce que toi, tu subis des outils qu’on t’a imposés sans que tu les aies choisis ? Est-ce que tu utilises tel ou tel outil par défaut, parce qu’il était là, ou parce que tu as décidé, en conscience, qu’il servait un usage précis ? La question vaut pour Copilot, mais elle vaut pour absolument tous tes outils, IA ou non.
Copilot, choisi consciemment par quelqu’un qui en a un usage défini, dans un environnement Microsoft bien intégré, peut tout à fait fonctionner. Pour résumer des réunions Teams, brouillonner un mail dans Outlook, traiter des données dans Excel quand toute ta boîte vit dans Microsoft 365, il fait le travail et bien mieux qu’avant. Ce qui ne fonctionne pas, ce n’est pas l’outil en soi, mais le fait de l’imposer.
Le même outil peut être une bénédiction quand il est choisi, et un échec quand il est subi. La différence se joue dans la présence ou l’absence d’intention.
C’est mon combat de toujours contre les monopoles forcés.
Reprends la main. C’est tout ce que je te demande, et c’est tout ce que Symbiose défend depuis la première édition.
À très vite,
Benjamin
Sources :
Recon Analytics, AI Choice 2026: Why Licenses Don’t Equal Adoption (chiffres d’adoption, conversion et part de marché), janvier 2026 : https://www.reconanalytics.com/ai-choice-2026-why-licenses-dont-equal-adoption/
ACCC, communiqué officiel Microsoft in court for allegedly misleading millions of Australians, 27 octobre 2025 : https://www.accc.gov.au/media-release/microsoft-in-court-for-allegedly-misleading-millions-of-australians-over-microsoft-365-subscriptions
Windows Central, Microsoft apologizes to 2.7 million misled users, 6 novembre 2025 : https://www.windowscentral.com/artificial-intelligence/microsoft-copilot/microsoft-apologizes-to-2-7-million-misled-users
Sentra / SOC Prime, analyse de la faille EchoLeak CVE-2025-32711 (criticité 9,3, découverte par Aim Labs, corrigée, aucune exploitation constatée), juin 2025 : https://sentra.io/blog/copilot-echoleak-prompt-injection


Je n'ai jamais aimé les monopoles. Celui de Microsoft comme d'autres. C'est ancien, viscéral.
Quand j'ai découvert l'IA, j'ai essayé plusieurs outils dont Gemini et Copilot. Et à chaque fois, il y avait un truc qui clochait que je n'ai pas réussi à formuler. J'ai donc cherché ailleurs.
Mais ton article a mis le doigt dessus. Ce n'est pas l'outil qui me gêne. Tu as raison, c'est de ne pas l'avoir choisi.
Ou plutôt : de sentir que le choix me soit imposé, avant même que j'aie réfléchi à ce que je voulais en faire, à comprendre comment l'utiliser et à ne plus voir le libre arbitre de choisir.